Shumona Sinha

Elles sont apaisantes... #33

Mittwoch, 17.08.2016

...ces lignes ondulantes vertes grises bleuâtres brumeuses des collines à travers la fenêtre de la résidence d’auteur. Le matin au balcon qui surplombe la serre en plein air d’où monte un parfum blanc, le bruit paisible des coups de pied au ballon, l’échauffement lent du parapet, l’errance dans les rues pavées en pente, parmi les maisons avec leur balcon cadré en fer forgé, les petites lanternes, les grimpantes et les fontaines, puis les grillons du soir et les lucioles des maisonnettes qui abritent tant de vies lointaines, inexplorées. La beauté de Zurich a quelque chose d’impénétrable, d’immuable et lorsque je pensais que c’était mieux ainsi, il s’est passé quelque chose.

La Street Parade avait déjà commencé lorsque je suis sortie. De Central jusqu’à Bellevue, je l’ai suivie, un peu à l’écart, longeant le trottoir, faisant un trait d’union entre la foule triomphante de couleur et de cris de joie à ma droite et la clientèle d’été ahurie, attablée aux cafés-terrasses à ma gauche. D’abord il y a eu celui qui portait un débardeur vert et un short imprimé wax moulant son corps noir musclé et le chapeau de paille qui ne cachait pas son sourire timide ; puis il y a eu les trois mousquetaires, à m’offrir de la bière de leur bouteille et un câlin dans leurs bras d’adolescents chauds et nus ; un cardinal avec une bouteille de vin et d’hosties ; une dame habillée en combinaison de bandeaux blancs comme Lilou dans Cinquième élément ; deux copines quinquagénaires coiffées de perruque jaune et violette qui faisaient la danse d’éventails ; l’amoureux chuchotait dans l’oreille de l’amoureux ; le père, la mère et les deux petites filles remuaient leurs oreilles roses de lapin. C’était une rivière de corps, libérés, libres, hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux, suisses, allemands, français, italiens, espagnols, américains, africains, du monde entier. C’était un bain de jouvence, un triomphe de la vie, de notre droit de chanter, danser, boire, fumer, manger, embrasser, aimer qui nous voulions, sous le soleil, sur notre terre, un doigt d’honneur contre les menaces crapuleuses de la mort.
À la fin de la Parade, au Café Odéon, un homme, ange déchu en costume de samba rouge flamboyant, avait baissé son regard tandis que la solitude l’enveloppait lentement en attendant la nuit.

 
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